PARCOURS D'EUDORA CABÉRIA




Eudora Cabéria à Mongoo au Surinam en 1963.





Née à Cayenne, en 1917, Eudora Cabéria a grandi au son de la musique de ses frères : Eudomir, Maurice et Gaëtan.
Dès son plus jeune âge, elle aime le chant et participe à la vie des mouvements de jeunesse.
Elle milite ainsi au sein du F.C.G. (Femina Club Guyanais).
Elle occupe des responsabilités chez les Eclaireurs de France et encadre les premières colonies de vacances.
Ayant un goût prononcé pour les arts, elle dévoile ses talents en mettant en scène sketches, ballets, et en confectionnant des tableaux, des ouvrages avec du tissu, du bois et des coquillages.
Sportive, elle ne recule devant rien et pratique aussi bien le volley, le basket, le saut que le football.
Elle est l'une des premières guyanaises à jouer du tambour dans la fanfare des Eclaireurs de France, puis dans l'Harmonie Cayennaise.
Malgré des tentations et une admiration pour la flûte, la mandoline et le saxophone soprano, la batterie restera son instrument favori.

Le parcours de cette artiste est intéressant à plus d'un titre :
Ex Membre de la grande chorale " SAINTE CECILE " de la Cathédrale Saint Sauveur de Cayenne, sous la Direction du Révérend Père WEBEL. Pianiste Sœur Marie
Ex Monitrice bénévole de l'école maternelle Joséphine Horth.
Ex Monitrice bénévole, sous la direction de Mme Joséphine Horth, de la 2° CDV de Iles du Salut en 1948 à l'Ile Royale.
Ex Animatrice du Patronage : Ecole des Filles Franklin Roosevelt. Directrice Mme Stanilas.
Ex Présidente du groupe dénommé UN GROUPE DE JEUNES. Au programme chants, théâtre, ballets, folklore bals etc.
Ex Monitrice adjointe puis Monitrice du F C G (Femina Club Guyanais).
Ex Présidente de la SMALS (Société Mixte Artistique Littéraire et Sportive). Au cours d'un voyage à Pâques 1964 a réalisé au Surinam une série de spectacles avec Bruno Arth, Jack Pierre, Roland Malmin, Christian Lochons, Les Mercenaires et son propre groupe folklorique. Deux équipes de footballeuses intégrèrent le groupe en 1964.
Ex Cheftaine de Meute (Meute de la Savane Fleurie) des EDF puis cheftaine de Clan et Cheftaine Secouriste des Eclaireurs de France.
Ex Cheftaine de Section des Eclaireuses de la Fédération Française des Eclaireurs (FFE).
Ex Monitrice puis Directrice diplômée d'Etat de CDV (Colonie de Vacances) 16.12.55 et 14.12.56.
Ex Conseillère Municipale de Cayenne de 1960 à 1966.
Ex Directrice du " CLUB DE PLEIN AIR " des Armées de Cayenne en 1966 1967 1968
Membre d'Honneur du Groupe " DAHLIA " depuis 1979
Responsable avec Armide Euzet et George Néron (du temps du Père Lecou) de la Chorale et des Enfants de l'Eglise de Mirza.
Ex Présidente de l'Association " VIBRATION ARTISTIQUE GUYANAISE "
Auteur Compositeur de poèmes et de chansons en français et en créole. Auteurs de scénettes et d'histoires.
A été Couturière pour hommes, dames, enfants et nourrissons
Elle fut une Grande Sportive : Capitaine de Basket. Championne de Courses de vitesse, de fond et de relais, de Sauts en longueurs et en hauteur.
Elle a écrit des Histoires vécues de personnages et d'animaux.
Fut Surveillante d'internat. (Ecole Marchoux et Technique en 1967 et 1968).
A été décorée " CHEVALIER " dans l'ordre des " Palmes Académiques "
A reçu la " Médaille d'honneur " de la " Jeunesse et des Sports "
La Médaille d'argent et la Médaille d'or du 1er janvier 1989.
L'histoire de Man Yon
©2000 by EUDORA CABERIA

Je saisis l'occasion qui m'est offerte aujourd'hui, en période anniversaire de l'abolition de l'esclavage pour vous raconter l'histoire d'une petite fille qui a reçu, une nuit, (c'était, pour la circonstance, une nuit de Noël ), le plus beau cadeau qu'un être vivant puisse désirer :

"La liberté".

Une petite fille née pendant l'esclavage, puisqu'elle avait quatorze ans paraît-il à l'abolition de l'esclavage et qui s'appelait "MINERVE".

Un jour, le maître de ses parents s'étant arrêté chez ces derniers, vit le bébé, constata qu'il était malade et ordonna aux parents d'aller le jeter. Oui le jeter comme s'il s'agissait d'une viande avariée. Il fallait obéir, mais comment trouver le courage d'accomplir un tel geste ? Une maman ne peut se résigner à jeter son enfant (fut-il lépreux). Un père non plus du reste.

Le soir, ils décidèrent donc d'un commun accord de cacher MINERVE.

Le père se souvint avoir une fois repéré dans la brousse une grande excavation dans un rocher, (une grotte naturelle), peut-être serait l'abri nécessaire, la cachette idéale !

En effet, elle convient parfaitement. Ils nettoient la grotte, le père trouve un moyen de fermeture pour cacher l'entrée et cache là le bébé.

Dès qu'elle le peut, la mère va lui donner le sein, le soir papa et maman la rejoignent et passent la nuit avec leur enfant.

Quelques mois ont passé, la mère a soigné son bébé qui grandit. Pour la soigner, elle écrasait des feuilles de coton rouge dans l'eau de son bain, y ajoutait du tafia et de l'empois.

Vous savez sans doute que le tafia servait en ce temps-là pour la toilette des chevaux et que l'empois est l'amidon que l'on extrait de l'eau qui vient du manioc râpé ou passé au moulin après l'avoir mis à la presse dans une couleuvre.

Elle baignait aussi sa petite fille dans de l'eau, dans laquelle elle avait écrasé des feuilles d'indigo, feuilles rondes. C'est avec cet indigo que l'on fait le bleu qui blanchit si bien le linge.

Après son bain, elle la séchait et la frottait avec de l'huile de coco qu'elle faisait elle-même.

La fillette avait peut-être un an lorsque vint Noël avec ses cérémonies, ses fêtes et ses souhaits. Maman et papa esclaves habillèrent leur fillette (qui une fois guérie était très jolie avec des traits fins, un nez pincé et une peau douce) puis, allèrent trouver leur maître avec l'enfant.

La mère se jeta à ses pieds en disant :

- "Pardon, pardon Maître"

- "Mais lève-toi, pourquoi me demandes-tu pardon ? Tu ne m'as rien fait que je sache dit le maître ".

Elle continua à demander pardon, agenouillée devant le maître qui dit ensuite :

- "Lève toi te dis-je et puis cesse de me demander pardon. Dis-moi plutôt d'où vient cette belle enfant, elle est mignonne, vraiment !"

-"Pardon maître, c'est l'enfant que tu nous avais ordonné de jeter."

- "Mais non ! Ce n'est pas possible, l'enfant que je t'ai envoyé jeter était purulente et laide et celle-là est une belle enfant."

-"C'est elle-même maître, c'est elle-même !"

- "Comment donc, as-tu fait pour prendre soin de cette enfant sans que je le voie ?"

Alors elle lui raconta l'histoire du bébé élevé dans la grotte et le maître dit alors :

- "Tu es une bonne mère, heureusement que tu ne l'as pas jetée, elle est, du reste, trop jolie pour être esclave. Je l'affranchis dès aujourd'hui."

La concubine du maître qui était une négresse dit :

"Je serai sa marraine et elle habitera avec nous"

Ce qui fut dit, fut fait.

Comme la maman de l'enfant était leur cuisinière, on retira aussi le père du travail des champs et on l'occupa dans et autour de la maison, et à partir de ce jour, comme d'une façon générale les esclaves avaient un jour par semaine pour travailler afin de subvenir à leurs besoins, le maître accorda deux jours par semaine aux parents de la petite MINERVE et c'est ainsi que MINERVE fut élevée et traitée comme la fille de la maison, ne connaissant rien de la situation de ses frères et sœurs de race, esclaves, eux.

Jusqu'au jour, où les noirs fêtant la libération à l'abolition de l'esclavage, passant devant chez elle et la voyant sur la véranda lui dirent :

- "YONYON ! Que fais-tu encore là ? Viens avec nous". Ne sais-tu pas que nous sommes libres ?

Je dois ici ouvrir une parenthèse, car vous avez remarqué qu'on ne l'appelle plus MINERVE mais "YONYON" : car l'enfant mignonne, jolie, mais menue qu'elle était est restée encore jolie, mais encore menue et depuis que le maître avait dit qu'elle était mignonne, les esclaves par déformation, l'avaient surnommée YONYON petit nom qui signifiait : petit, minuscule et c'est la raison pour laquelle, plus tard, ses petits enfants, arrières et arrières petits enfants

continuèrent de l'appeler YONYONNYON.

Revenons donc au moment où les esclaves invitaient Yonyon à venir avec eux.

- "Yonyon ! tu es encore là ? Viens avec nous, ne sais-tu pas que nous sommes libres ?"

- "Mais où est-ce qu'on est libre ?" - "Viens, tu verras I..."

La pauvre jeune fille partit avec eux, arriva sur la place des Palmistes où étaient installés tout ce qu'il fallait pour fêter (baril de tafia, de vin, des tambours etc. ). On lui donna très certainement à boire. Elle dansa et sauta mais la nuit venue, elle eut sommeil, voulut rentrer, mais la fatigue aidant, elle n'arriva pas à trouver le chemin de sa maison et parmi tous ces gens plus ou moins éméchés. elle se sentit perdue et regretta son 'chez elle '.

Entre temps, le maître et sa marraine ne l'ayant pas trouvée à la maison l'avaient cherché pendant toute la nuit, revenant une ou deux fois voir si elle n'était pas revenue au bercail. De guerre las, ils finirent par rentrer se coucher et elle aussi, fini par trouver sa maison, mais fatiguée de sa longue marche. se coucha, épuisée sur la marche devant la porte.

Au matin, le maître la trouva encore endormie, la prendra dans ses bras et ira la coucher dans son lit où sa marraine viendra s'occuper d'elle (elle avait perdu une chaussure et ses pieds étaient en sang).

Plus tard le maître lui demanda :

"MINERVE où étais-tu ? Où es-tu allée ?"

- "Je ne sais pas, on m'a dit : Viens Yonyon, nous sommes libres, j'y suis allée !

- "Tu as toujours été libre MINERVE ! Tu n'as jamais été esclave toi !"

Plus tard, bien des années après, MINERVE, alias Yonyon, alias Man-Yon, s'est mariée deux fois.

Elle disait d'elle-même : "J'étais si jolie quand j'étais jeune que l'on pouvait frotter de la cassave sur mon visage pour la manger.

Man-Yon a vu sa quatrième génération.

Jusqu'au dernier moment, elle cousait sans dé et sans lunettes, elle assemblait des échantillons de tissus pour faire : draps, robes, et kam-za convoués.

Elle savait faire : "le savon, le bleu, le tchiôtchiô, l'huile de pamachristie, l'huile d'aoura, l'huile de carapa, le toloman, le tapioca, les cassaves, les sispas, le couac, le sucre de canne, les conserves et les crétiques (galettes de coco sec), du couac coco, le doconon, le zoa, etc.

Lorsqu'on a fêté le tricentenaire du rattachement des Antilles et de la Guyane à la France, elle était la doyenne du moment et c'est elle qui fut honorée.

Vers la fin de sa vie, deux choses lui arrivaient : "elle s'égarait ou encore, elle entrait par exemple à la pharmacie MICHELY près de la Cathédrale en ce temps-là et disait en créole : -"chinois", je veux une bougie et une boîte d'allumettes."

Monsieur MICHELY qui la connaissait répondait

- "Man-Yon, c'est moi que tu appelles chinois !"

Ah ! Léon, Mo Nèg ! C'est toi ? Eh bien je me suis trompée !

Monsieur MICHELY montait chez lui, chercher pour Man-Yon bougie et allumettes et cette dernière pouvait aller à l'église pour prier.

Parfois elle partait pour se rendre chez une des filles de sa petite fille et souvent s'égarait, mais, comme elle était très connue à CAYENNE, elle trouvait toujours quelqu'un pour lui demander :

- "Man-Yon où vas-tu ?" Elle répondait - "Je vais chez CORNO".

Si, elle était en sens opposé de CORNO (Cornélie) on la ramenait chez elle. Dans le cas contraire on l'accompagnait chez CORNO où on lui mettait une chaise devant la porte car on savait que le père PACHECO (le dentiste) partirait à sa recherche.

Il y a encore beaucoup de chose à dire de Man-Yon, mais ce serait trop long.

Sachez que Man-Yon s'est éteinte en parlant et conseillant les siens, jusqu'à la dernière minute sans maladie, mais de vieillesse, tout simplement.

Certains disaient qu'elle avait cent quinze ans, d'autres cent cinq, on ne trouvait plus ses papiers à la mairie.

Elle-même a -t- elle jamais su son âge exactement ?

Elle est morte regrettée de tous.

Elle s'est éteinte, comme on dit, d'une personne qui a bien vécu un nombre important d'années

Man-Yon, est l'histoire vraie et vécue de la trisaïeule de ma maman